Depuis longtemps, beaucoup de vignerons le demandaient, confrontés aux acheteurs des marchés nordiques notamment. Le nom de “Tricastin” résonnait en effet trop à leurs oreilles comme synonyme de nucléaire. Mais cette réflexion n’était pas encore partagée par tous. Puis, les incidents de l’été 2008 autour du site du Tricastin ont fini par inciter la quasi-totalité des
vignerons à le demander. Le préjudice, en matière d’image, a été important. Il nous
faudra du temps pour l’effacer. Un site industriel et une appellation portant le
même nom, cela n’est plus soutenable.
Non, au contraire c’est un nouveau départ pour cette appellation née en 1973 qui aura connu une croissance régulière mais qui, depuis quelques années, observe une décroissance en volume.
On est passé d’une production de 100 000 hl à 55 000 hl à l’heure actuelle. Il ne reste que 1900 hectares en production, près de 900 ha ont été arrachés ces dernières années avec aussi un repli en Vin de pays d’une partie de la production.
Pour les 43 domaines et caves en activité (300 viticulteurs), je pense qu’il s’agit vraiment d’une seconde chance et qu’il est absolument indispensable de la saisir pour mieux rebondir. Le millésime 2010 portera le nouveau nom et nous avons demandé que le stock 2009 puisse en bénéficier de manière optionnelle.
Sur ce dernier point, nous n’avons pas encore de réponse officielle des Douanes.
La volonté existe et les moyens sont là. Nous allons tout d’abord repositionner l’appellation auprès des prescripteurs en leur faisant connaître nos produits élaborés avec le nouveau Cahier des charges déposé au printemps 2011.
Nous l’avons déjà appliqué pour la récolte 2010.
Il faut tout d’abord finir la délimitation qui n’a jamais été terminée, ce dossier est en
cours et les experts vont venir d’ici peu. Par ailleurs, nous avons fait passer le rendement
de 50 hl/ha à 45 hl/ha. Nous allons aussi remodeler l’encépagement et les vignerons
ont dix ans pour atteindre, en rouge, un encépagement minimum de 30 % de syrah et en blanc, un encépagement minimal de 30 % de viognier.
Pourquoi ? Parce que nous sommes la région charnière entre le Nord et le Sud, géographique et climatique qui trouve son importance au niveau des vins. L’AOP Grignan les Adhémar sera celle de la transition entre le Nord et le Sud.
Nos vins sont moins ensoleillés et ont moins de structure que ceux du Sud mais
ils ont plus de fraîcheur, d’élégance et de fruit. Nous devons jouer sur cette identité.
Certains vignerons savent déjà qu’elle plaît et que cela marche. D’autre part, nous allons
interdire le désherbage interrangs.
Enfin, la totalité des vins mise sur le marché sera contrôlée par l’ODG en interne mais pas par des vignerons. Cela bien sûr en collaboration avec l’Organisme d’inspection à qui seront transmises toutes les anomalies décelées.
Nous avons intérêt à faire un effort collectif. La leçon a été comprise, on sait ce qui marche et ce qui ne marche pas. Nous allons donc être intransigeants sur la qualité.
Nous avons perdu 1/3 de notre superficie et sommes maintenant au niveau d’une superficie d’un Côtes du Rhône Villages avec nom géographique.
Mais à 0,65 E/le litre, cela n’est plus possible. Il nous faut commercialiser en direct avec un produit de qualité. Le salut est là avec un marché potentiel de proximité (100 à 200 kilomètres) qui existe.
Notre zone de production est aussi très attirante pour les touristes et nous allons jouer la carte de l’oenotourisme à fond. Je suis optimiste car les vignerons sont tous conscients qu’il faut le faire et de plus, le millésime 2010 est excellent.
Cela va nous permettre de bien démarrer avec un budget de communication confortable.
Nous avons aussi un Pida (Plan de développement agricole) en demande.
Donc, tout sera en ordre de marche pour commencer 2011 dans de bonnes conditions.
Propos recueillis par Marc Olivier